
Que ce soit en solo, en duo avec Scarlatti Goes Electro, ou par le biais de ses collaborations en tant que claveciniste pour d’autres artistes (tout récemment, par exemple, pour Arthur Satan et Igorrr…), Antoine Souchav’ n’a de cesse de créer un pont entre la musique savante et les musiques actuelles.
Avec pour influences François de Roubaix, Frank Zappa et Scarlatti, il façonne une musique dense et énergique au croisement de la musique ancienne et électronique. Après un premier disque solo de réinterprétations au clavecin du trio de synth-pop japonais Yellow Magic Orchestra, (Yellow Magic Harpsichord/Dokidoki/2021) le musicien, arrangeur et compositeur poursuit sa recherche autour du répertoire du légendaire groupe, mené entre autres par Ryuichi Sakamoto. Pour ce second disque, enregistré à l’Opéra de Lyon, lors du Festival Superspectives en 2024, Antoine fait de ces tubes ses propres « standards » – les arrangeant, les revisitant, et les emmenant là où leur puissance mélodique l’entraîne. Par leur biais, le claveciniste réinvente une musique dansante et imagée, évoquant aussi bien la bande sonore d’un film secret qu’un ballet imaginaire.

« Ce solo est centré autour d’arrangements des tubes du trio japonais 80’s Yellow Magic Orchestra. Son co-fondateur Haruomi Hosono résume le son du YMO à trois ingrédients : « (1) rythme sexy ; (2) mélodies qui vont droit au cœur ; (3) concept métallique destiné à vous masser le lobe frontal ». Et si l’élément métallique de cette musique — en lieu et place des synthétiseurs — devait relever tout entier de la mécanique d’un clavecin ? C’est l’expérience que propose ce disque.
Avec son timbre de scalpel, et en inversant la démarche switched-on, le clavecin tranche dans la luxuriance des arrangements et opère comme une coupe transversale dans la pâte sonore de YMO pour mieux nous révéler le principe vital de cette musique, son cœur le plus palpitant : son écriture. Comme si une « mise à plat » s’imposait pour souligner la beauté et le relief parfois vertigineux de ces compositions, toujours épaisses de second degré.
Car au clavecin YMO s’affirme plus que jamais comme un objet sonore double, indissociablement pop et baroque, qui dissimule sa véritable nature dans les plis et replis d’une habile construction savante. Le mirage clinquant de la « techno pop japonaise » servant de porte d’entrée à un jeu de miroirs où se reflètent à l’infini les images stéréotypées de l’orient et de l’occident et brouille tout repère culturel stable (fut-il aussi français que Debussy ou américain que Martin Denny).
L’interprétation prolonge ou performe ici le geste exaltant des compositeurs, en fabriquant une nouvelle strate d’écoute pleine d’humour et de beauté où leurs/nos perceptions de l’étrange et de l’étranger continuent de s’enchevêtrer jusqu’à l’inextricable. »
Camille Rhonat, co-directeur de Superspectives et de La Trinité.
